Les Saadiens sont la première dynastie chérifiene du sud marocain. Ils montent de la vallée du Drâa, prennent Marrakech en 1524, écartent les Wattassides en 1549, battent le Portugal en 1578 et vont jusqu'au fleuve Niger en 1591. Le règne s'effondre au milieu du XVIIe siècle.
Des chérifs du sud
Les Saadiens descendent, selon leurs généalogies, de la lignée du Prophète par Hassan, fils d'Ali. Ils s'installent dans la vallée du Drâa au XIVe siècle. Le mouvement naît vers 1509, lorsque la confédération des Jazoula prête serment à Abou Abdallah al-Qaim, prince de Tagmadert. En 1511, le territoire s'étend sur le Souss, le Tafilalet et le Drâa.
Leur appui vient des confréries religieuses jazouliennes et de l'opposition à la présence portugaise, pas d'une lutte ouverte contre les Wattassides, qu'ils reconnaissent d'abord comme suzerains.
La conquête du pouvoir
Marrakech est prise en 1524. Le traité de Tadla, confirmé en 1537, fixe une frontière entre les deux moitiés du pays et installe une douzaine d'années de paix pendant lesquelles les Saadiens repoussent les Portugais. En 1548-1549, Muhammad al-Sheikh prend Fès et met fin au pouvoir wattasside, malgré une brève restauration en 1554.
À partir de là, les Saadiens reprennent tour à tour les comptoirs portugais, hormis Tanger, Ceuta et Mazagan, et paraissent comme les défenseurs de l'islam face à des Wattassides qui négocient avec les chrétiens.
La bataille des Trois Rois
Le 4 août 1578, l'armée saadienne d'Abou Marwan Abd al-Malik écrase, près de Ksar el-Kébir, l'armée portugaise du roi Sébastien. La bataille de l'Oued al-Makhazin passe à l'histoire sous le nom de bataille des Trois Rois, parce que les trois souverains y meurent : Sébastien est tué dans la mêlée, Abd al-Malik, malade, succombe au cours du combat, et Muhammad al-Mutawakkil, l'ancien sultan déchu venu combattre aux côtés des Portugais, se noie en essayant de fuir.
La défaite ruine le Portugal et alimente les caisses saadiennes. C'est aussi le point de bascule du règne.
Ahmad al-Mansur et l'or du Songhay
Ahmad al-Mansur, frère du sultan mort en 1578, règne de 1578 à 1603. En 1591, une armée partie de Marrakech, dirigée par Judar Pacha, conquiert l'empire Songhay et s'empare de Tombouctou et de Gao. L'or transsaharien passe alors par Marrakech.
Le règne est aussi marqué par la peste, qui frappe le pays à partir de 1597 et vide les villes. Le commerce se contracte, les querelles de succession reprennent dès 1595 entre les fils d'Ahmad al-Mansur.
L'effondrement
Au XVIIe siècle, les Saadiens perdent le contrôle de la plupart des régions au profit de chefs locaux et de confréries. Marrakech même échappe à l'autorité centrale. Le dernier sultan meurt en 1659 : c'est la fin du pouvoir saadien, après quelques années de morcellement où les Dilaïtes dominent le nord.
Ce que les Saadiens ont laissé
À Marrakech, les Tombeaux saadiens, redécouverts en 1917, le palais El Badi commencé par Ahmad al-Mansur, la mosquée Ben Youssef rebâtie au XVIe siècle, les remparts et les portes de la ville. Une architecture de pierre ocre et de zellij qui, avec les Almohades, donne à Marrakech son visage.