Les Idrissides sont la première dynastie du Maroc. Elle s'installe en 788, avec un fugitif venu d'Orient, et disparaît à la fin du Xe siècle. Deux siècles ont suffi pour bâtir un État, une capitale (Fès) et une légitimité chérifienne que toutes les dynasties suivantes reprendront à leur compte.
Un réfugié venu de l'Orient
Idris Ier est un arrière-petit-fils d'Hassan ibn Ali, fils de Mahomet. Après l'échec de la révolte alide de Fakhkh, il fuit l'Orient et gagne le Maghreb. Les Awraba, une tribu berbère installée près de Volubilis, l'accueillent et le reconnaissent comme imam en 788. Il règne trois ans seulement : un esclave l'assassine en 791.
Ce qui frappe dans ce début d'histoire, c'est la brièveté du parcours. Un homme arrive presque seul, se fait accepter par des tribus qui ne lui doivent rien, et laisse un fils de quelques mois qui portera le nom de la dynastie.
Fès, capitale d'un État neuf
Son fils, Idriss II, reprend le pouvoir et étend l'autorité idrisside sur une partie du pays. Fès naît à cette époque : les chroniques en attribuent la fondation à Idriss II, entre 789 et 808. La ville s'installe sur la rive d'un oued, se remplit d'habitants venus d'ailleurs, et devient le centre politique de la dynastie.
Après la mort d'Idris II, en 828, le royaume éclate entre ses fils. Les branches se disputent le pouvoir, mais les frontières avec les États voisines se stabilisent, et le IXe siècle est pour la région une période de prospérité commerciale.
La chute, au Xe siècle
Au Xe siècle, la pression se fait de plusieurs côtés. Les Fatimides, rivaux chiites installés en Ifriqiya, contestent la légitimité idrisside. Les Omeyyades de Cordoue poussent vers l'ouest, les incursions zénètes se multiplient. Les campagnes zirides de 972 anéantissent le rôle politique de la dynastie. Le dernier émir, Al-Hasan ben Kannun, revenu d'exil pour tenter une restauration, est assassiné en 985 : c'est la fin.
Une restauration à Fès, en 1465
Le nom idrisside revient pourtant deux siècles plus tard. En 1465, la population de Fès se révolte contre le dernier sultan mérinide et proclame un chef de chérifs, Mohammed ben Ali. Ce dernier ne tient qu'autour de Fès : les Wattassides le chassent de la ville en 1471, et la restauration s'arrête là, après six ans.
Ce qui reste des Idrissides
Le village de Moulay Idriss Zerhoun, dans les collines au nord de Meknès, garde la tombe d'Idris Ier et reste un lieu de pèlerinage. Le moussem qui s'y déroule chaque année attire des fidèles de tout le pays.
Fès, elle, leur doit son rang de ville impériale. Et la généalogie chérifienne, cette descendance revendiquée du Prophète, servira de fondement politique aux Saadiens comme aux Alaouites. Sur ce point, les Idrissides ont tracé le modèle.