Les zones humides du Maroc vont des lagunes du littoral aux sebkhas salées, des lacs du Moyen Atlas aux marais d'embouchure et aux réseaux d'oases. Trente-huit d'entre elles figurent sur la liste Ramsar, ouverte par la Convention signée le 2 février 1971.
Ces milieux jalonnent la voie de migration Est-Atlantique. Chaque automne, des centaines de milliers d'oiseaux venus d'Europe y font escale avant de poursuivre vers l'Afrique de l'Ouest. Elles nourrissent aussi des villages, des troupeaux et des pêcheries.
Ce parcours passe par les sites Ramsar du Royaume, les meilleurs moments pour les observer et les pressions qu'ils subissent. Les autres milieux du Royaume attendent dans notre rubrique Patrimoine naturel.
La protection des zones humides au Maroc
La Convention sur les zones humides est signée à Ramsar, en Iran, le 2 février 1971. Elle entre en vigueur en 1975, et le Maroc y adhère le 20 octobre 1980.
Quatre sites rejoignent la liste dès le 20 juin 1980 : Merja Zerga et Sidi Boughaba près de Kénitra. Le lac Afennourir dans le Moyen Atlas et la baie de Khnifiss sur le littoral sud complètent la sélection. Le 15 janvier 2005, le Royaume désigne 20 nouveaux sites d'un seul coup.
Le secrétariat de la Convention en donne l'annonce le 29 juin 2005. Deux sites s'ajoutent en janvier 2018, douze autres en 2019, annoncés le 2 septembre 2019. Le réseau atteint alors les 38 sites actuels.
Sidi Boughaba avait précédé l'adhésion. Classé « site naturel et culturel » en 1951, il est reconnu zone d'intérêt international pour les oiseaux d'eau dès 1964. La réserve biologique y est créée en 1974, et un centre d'éducation environnementale ouvre sur le site en 1992.
Ce qui caractérise les zones humides du Maroc
Deux sites n'ont presque rien en commun, et c'est ce qui rend la visite instructive.
Des lagunes aux lacs de montagne
Le portail national Biodiversité du Maroc dénombre 84 zones humides. On y trouve plus de vingt lacs naturels intérieurs, une trentaine de barrages et quatre grands lacs côtiers. Leurs tailles varient du simple étang aux 26 310 hectares de la baie de Khnifiss.
L'altitude change la donne. Le lac Afennourir se tient à près de 1 800 mètres, tandis que les sebkhas de Khnifiss s'étendent au ras de l'océan.
Un carrefour sur la voie de migration Est-Atlantique
Le littoral marocain déroule 3 500 kilomètres, dont 90 % appartiennent à la voie de migration Est-Atlantique. Une étude sur les limicoles hivernants montre que 91 % des individus passent l'hiver sur la côte atlantique. Cinq sites seulement cumulent 180 560 oiseaux, soit près de 84 % des hivernants du pays.
À la Merja Zerga, les comptages relevés en hiver donnent 15 000 à 30 000 canards. On y compte 50 000 à 100 000 limicoles et 1 000 à 2 000 flamants roses.
Une végétation réglée par le sel
Autour des lagunes, le schorre encaisse les embruns et les marées : salicornes, roseaux et tamaris y tiennent dans un sol saturé. Dans les eaux peu profondes, les characées forment des prairies sous-marines qui abritent larves et alevins, de quoi nourrir les oiseaux. L'eau de Sidi Boughaba reste alcaline, avec un pH voisin de 9.
Sa salinité oscille entre 3 et 27 grammes par litre selon la saison.
Des statuts nationaux qui se superposent
Un site Ramsar n'est pas une réserve fermée. Au Maroc, il porte presque toujours d'autres qualifications : site d'intérêt biologique et écologique, réserve biologique permanente, réserve de chasse permanente. S'y ajoute parfois la zone d'importance pour la conservation des oiseaux.
Khnifiss en réunit trois, Afennourir quatre. Chaque statut fixe des règles d'accès. Le gestionnaire du site reste l'interlocuteur à contacter avant une visite.
Les pressions qui fragilisent ces milieux
Le drainage a supprimé environ 34 000 hectares de zones humides au Maroc. Le Gharb, le Loukkos, le Tahaddart et les environs de Bou Areg ont le plus perdu. C'est le bilan du Haut-Commissariat au Plan.
L'irrigation intensive, les pesticides et les prélèvements dans les nappes assèchent ensuite les lagunes. Entre 1984 et 2021, la surface d'eau permanente de Sidi Boughaba a reculé, d'après une étude par télédétection. À la Merja Zerga, la coupe des joncs et le ramassage des œufs ajoutent leur pression.
Où observer les zones humides du Maroc
Huit sites, sept régions, une seule logique : aller voir de loin, au bon moment.
La Merja Zerga, la lagune des canards
La Merja Zerga s'étale sur neuf kilomètres de long et cinq de large. Elle est derrière le village de Moulay Bou Selham, au nord de Kénitra. Inscrite en 1980 sur 7 300 hectares, elle accueille chaque hiver 15 000 à 30 000 canards et jusqu'à 100 000 limicoles.
Vingt à trente couples de hibou du cap y nichent. Le contexte de la vallée se lit sur la page Visiter la région Rabat-Salé-Kénitra.
Sidi Boughaba, le lac sous surveillance
Derrière les dunes, à quelques kilomètres de Mehdia, le lac Sidi Boughaba couvre 650 hectares. Il est inscrit Ramsar depuis 1980 et réserve biologique depuis 1974. La sarcelle marbrée y niche, et un éco-musée sur place présente le milieu.
Restez sur les parcours ouverts au public : les abords des nids se surveillent de loin, avec des jumelles plutôt qu'un objectif long.
La baie de Khnifiss, l'immensité du sud
La baie de Khnifiss réunit une lagune, deux sebkhas nommées Tazra et Mzeira et un lac saisonnier, la daya La'wina. Le tout couvre 26 310 hectares inscrits en 1980. Les remontées d'eaux océaniques rendent le milieu très productif.
La marmaronette marbrée, une sarcelle menacée mondialement, y trouve refuge avec le bécasseau maubèche et la barge rousse. Le cadre régional est détaillé sur la page Visiter la région Laâyoune-Sakia El Hamra.
Le lac Afennourir, l'eau à 1 800 mètres
Dans le Moyen Atlas, le lac Afennourir occupe 280 hectares à près de 1 800 mètres d'altitude, à l'intérieur du parc national d'Ifrane. Le lac et ses prairies humides se remplissent de ruissellement et de fonte des neiges. Cèdres et chênes verts couvrent le bassin supérieur, et l'oued Tigrigra reçoit le débordement quand le niveau monte.
Tadorne casarca et foulque huppée hivernent ici. Voir la page Visiter la région Fès-Meknès.
Le complexe de Sidi Moussa-Walidia
Entre Sidi El Abed et Walidia, une cinquantaine de kilomètres de dunes séparent de l'Atlantique une suite de lagunes, marécages et salines. Le complexe compte 5 350 hectares inscrits le 15 janvier 2005. Le pélobate du Maroc, grenouille endémique, partage le site avec la sarcelle marbrée et l'échasse blanche.
Renseignez-vous auprès du gestionnaire avant de prévoir une visite prolongée.
La sebkha Bou Areg, face à la Méditerranée
Au sud de Nador, la sebkha Bou Areg couvre 14 000 hectares. C'est la plus grande lagune de la rive sud de la Méditerranée : 24 kilomètres de long pour 7,5 de large. Elle est inscrite depuis le 15 janvier 2005.
Le rail poule, la sterne naine et l'avocette y nichent. La saliculture et l'ostréiculture tournent à proximité, et les rejets voisins inquiètent les gestionnaires. Détails sur la page Visiter la région L'Oriental.
Les oasis du Tafilalet
Le site des oasis du Tafilalet s'étend sur 15 300 hectares le long du Ziz. Il tourne autour du réservoir de la retenue Hassan Ad-Dakhil, l'un des plus anciens barrages du Royaume. Inscrit en 2005, il reçoit des oiseaux d'hivernage et des flamants roses.
La salinisation des sols y progresse, nourrie par l'évaporation et par les prélèvements en amont. La province se découvre sur la page Visiter la région Drâa-Tafilalet.
L'archipel et les dunes d'Essaouira
Inscrit en 2005 pour 4 000 hectares, ce site réunit l'archipel le plus étendu du littoral atlantique marocain. On y trouve des dunes et des plages face à Essaouira. Le faucon d'Éléonore y niche à hauteur de 3,5 à 10 % de la population mondiale.
Sept reptiles et amphibiens y sont endémiques. Gardez de la distance avec les colonies, surtout au printemps. La ville se visite sur la page Visiter Essaouira.
Conseils pratiques pour visiter les zones humides
- Préférez l'automne et l'hiver pour les effectifs : les hivernants arrivent d'octobre à février, les migrateurs repartent au printemps vers le nord.
- Arrivez au lever du jour. Les volées quittent les reposoirs en masse, puis les comptages retombent d'ici deux heures.
- Restez sur les sentiers et les parcours ouverts au public. Les réserves biologiques et les sites d'intérêt biologique et écologique appliquent leurs propres règles d'accès.
- Jumelles et lunette suffisent. Un drone fait lever une volée entière : laissez-le au sac.
- Emportez vos déchets. Ni plantes, ni coquillages, ni œufs ne quittent le site.
- Un guide local vaut souvent mieux qu'une heure d'observation solitaire, surtout pour repérer les espèces discrètes.
- Vérifiez l'état des accès et les éventuelles restrictions auprès de l'autorité locale avant de partir.
Questions fréquentes
Combien de zones humides compte le Maroc ?
Le portail national Biodiversité du Maroc en recense 84, des lacs de montagne aux embouchures. On y compte plus de vingt lacs naturels intérieurs et une trentaine de barrages. Trente-huit d'entre elles sont inscrites sur la liste Ramsar, pour près de 320 000 hectares.
Le Royaume figure ainsi parmi les pays les mieux dotés d'Afrique du Nord.
Quels sites Ramsar choisir pour voir des oiseaux ?
Merja Zerga et Sidi Boughaba, dans la région Rabat-Salé-Kénitra, concentrent les comptages les plus spectaculaires. La baie de Khnifiss et la sebkha Bou Areg offrent des effectifs comparables, avec beaucoup moins de visiteurs. Le lac Afennourir se découvre à 1 800 mètres d'altitude, entre cédraies et pâturages du Moyen Atlas.
Quand partir pour observer les migrateurs ?
L'automne et l'hiver réunissent les meilleures conditions : les hivernants arrivent d'octobre à février, avec un pic souvent relevé en janvier. Le printemps voit repartir les oiseaux vers l'Europe. Les périodes de nidification se protègent, donc on reste loin des nids et on demande l'accès au gestionnaire du site.
Que garantit exactement le classement Ramsar ?
Le classement Ramsar inscrit une zone humide d'importance internationale sur la liste ouverte par la Convention du 2 février 1971. Il n'interdit pas les activités locales. Il engage le pays à maintenir la qualité écologique du site, à en surveiller l'évolution et à informer le public de son état.
Quelles menaces pèsent sur les zones humides du Maroc ?
Le drainage a déjà supprimé environ 34 000 hectares de zones humides. S'y ajoutent les prélèvements d'eau, les pesticides, l'urbanisation côtière et la salinisation, aggravés par les sécheresses répétées. La Stratégie nationale 2015-2024 a fixé un cadre de gestion, et son bilan public reste à consulter avant de conclure sur l'état réel des sites.
Pour conclure
Les zones humides du Maroc se visitent sans grand équipement. Une matinée d'automne, des jumelles et un peu de distance suffisent pour voir passer une volée de limicoles. Choisissez un site sur les huit présentés ici, vérifiez les conditions d'accès, puis laissez le silence faire le reste.
Pour prolonger la découverte, ouvrez À la Découverte de la Richesse Culturelle et Naturelle du Maroc et préparez votre itinéraire région par région.
Pour aller plus loin
- Convention de Ramsar : fiche pays du Maroc : dates d'adhésion, nombre de sites et superficie inscrite.
- Biodiversité du Maroc : inventaire des zones humides : liste nationale des sites Ramsar et de leurs années d'inscription.