Le Maroc condense en quelques heures de route des paysages que d'autres pays étalent sur des milliers de kilomètres. Du littoral atlantique aux crêtes du Rif, le pays change de visage en une journée. De la cédraie du Moyen Atlas aux ergs du Sahara, le patrimoine naturel du Maroc se découvre par étages.
Ce guide décrit les milieux du pays et les dates qui ont conduit à les protéger. Il propose ensuite sept sites où cette diversité se voit sans quitter les sentiers balisés ni déranger la faune.
Histoire de la protection de la nature au Maroc
Le premier cadre juridique date du dahir du 11 septembre 1934 sur les parcs nationaux. Le premier parc, le Toubkal, est classé le 15 janvier 1942 sur 38 000 hectares du Haut Atlas central.
Le parc abrite la réserve de Takhekhort, la plus ancienne réserve de mouflon à manchettes du pays. On y compte près d'une centaine d'oiseaux nicheurs, dont l'aigle royal et l'aigle de Bonelli.
Le réseau s'élargit par étapes : le Souss-Massa en 1991, l'Iriqui en 1994, puis quatre parcs en 2004. Al Hoceima, Talassemtane, Ifrane et Haut Atlas Oriental rejoignent alors les deux premiers. Le Khnifiss devient en 2006 le premier parc national saharien du Royaume, et le Khénifra achève en avril 2008 le compte à dix.
Le Maroc entre dans la Convention de Ramsar le 20 octobre 1980. La Merja Zerga et la Sidi Boughaba figurent parmi les sites désignés dès le 20 juin 1980. Le pays en compte aujourd'hui 38, pour 300 538 hectares.
L'UNESCO intervient à son tour : la réserve de biosphère de l'Arganeraie est déclarée en décembre 1998 sur environ 2,5 millions d'hectares. Trois suivent : les Oasis du Sud en 2000, la Méditerranée intercontinentale en 2006, partagée avec l'Espagne, puis la Cédraie de l'Atlas en février 2016.
La loi n° 22-07 sur les aires protégées, promulguée par dahir du 16 juillet 2010, abroge le texte de 1934. Elle ouvre le réseau à cinq statuts reconnus par l'UICN, absents de l'ancien dahir, dont les aires marines.
Ce qui fait la diversité des milieux naturels marocains
Des étages bioclimatiques superposés en quelques centaines de kilomètres
Le Maroc passe de l'étage humide à l'étage aride sur quelques centaines de kilomètres. Les plaines de l'Atlas reçoivent encore assez d'eau pour les céréales et les chênaies vertes. Au sud, les pluies ne nourrissent plus que les steppes d'alfa et d'armoise, puis les acacias épineux des vallées sahariennes.
Les villages répondent à ces régimes : murs d'argile épais au sud, bois et tuiles dans le Rif.
Rif, Haut Atlas, Anti-Atlas : trois manières d'être en montagne
Le Rif ferme le nord avec ses calcaires abrupts, ses gorges et ses sapinières d'altitude. Le Haut Atlas concentre les hauteurs : le Jbel Toubkal y culmine à 4 167 mètres, le plus haut sommet d'Afrique du Nord. L'Anti-Atlas, plus ancien et plus sec, descend par paliers vers les plateaux du Sahara.
Les sapins du Rif poussent entre 1 400 et 2 000 mètres, où l'humidité méditerranéenne se heurte aux rochers. Le Moyen Atlas porte les grandes cédraies, entre Ifrane et Khénifra.
Dunes, hamadas et palmeraies du Sud
Le sud du pays ne se résume pas au sable. La hamada, plateau de pierre noire, couvre la plus grande surface, entrecoupée de steppes présahariennes à alfa. Les ergs occupent les dépressions : l'Erg Chebbi, près de Merzouga, déroule une vingtaine de kilomètres de dunes jusqu'à 150 mètres de haut.
L'Erg Chigaga, plus à l'ouest, se gagne en piste. Quand l'eau revient, le lac Iriqui, dans le parc du même nom, se remplit et attire flamants et canards.
Lagunes, merjas et zones humides
La côte compte 38 sites Ramsar, soit 300 538 hectares de lagunes, de baies et de lacs salés. La Merja Zerga, dans la région Rabat-Salé-Kénitra, couvre seule 7 300 hectares de lagune ouverte sur l'océan. À quelques kilomètres, la Sidi Boughaba tient 650 hectares de lagune en eau douce.
Ces zones humides sont des stations d'hivernage sur la voie de migration atlantique, entre octobre et mars. Flamants, canards, hérons et limicoles y concentrent leurs effectifs.
Arganeraies, cédraies et sapinières
L'arganier, arbre endémique du Sud-Ouest marocain, tient les pentes sèches entre Agadir et Tarfaya. Sa réserve de biosphère, créée en 1998, couvre environ 2,5 millions d'hectares. Au nord, le cèdre de l'Atlas forme les massifs les plus vastes du Moyen Atlas.
Le sapin du Maroc, endémique, ne se trouve que dans les sapinières du Rif. Le chêne vert et le thuya complètent la mosaïque, entre l'étage méditerranéen et l'étage préforestier.
Le macaque berbère, seul singe du Maghreb, vit dans ces forêts : l'espèce est classée en danger par l'UICN.
Où voir le patrimoine naturel du Maroc
Sept sites suffisent pour traverser le pays du Rif au Sahara, à des saisons différentes.
Parc national de Toubkal, Haut Atlas central
Le parc protège 38 000 hectares du Haut Atlas central, dans la région Marrakech-Safi, à une soixantaine de kilomètres au sud de Marrakech. Le Jbel Toubkal, à 4 167 mètres, en est le point culminant. Les crêtes abritent l'aigle royal, l'aigle de Bonelli et le mouflon à manchettes de la réserve de Takhekhort.
Depuis Imlil, la montée au sommet se fait en deux jours, avec une nuit en refuge. Vérifiez la météo et les conditions d'accès auprès des services du parc.
Cascades d'Ouzoud, province d'Azilal
Les chutes tombent sur 110 mètres en trois paliers, dont une chute libre de 75 mètres. Le site se tient à 1 060 mètres d'altitude, dans la province d'Azilal, région Béni Mellal-Khénifra. Il est à environ 150 kilomètres au nord-est de Marrakech.
Des macaques berbères fréquentent les oliveraies et les moulins à eau du sentier. Le printemps donne le débit le plus fort ; l'été, les bassins du bas accueillent les baigneurs, loin du pied de la chute.
Ne nourrissez pas les macaques : ils fouillent les sacs posés.
Gorges du Todra, près de Tinghir
À 15 kilomètres au nord de Tinghir, les parois du Todra se resserrent jusqu'à 10 mètres d'écart et s'élèvent sur 300 mètres. Le fond de vallée est plat et se parcourt à pied, dans la région Drâa-Tafilalet.
L'eau du Todra, alimentée par la fonte des neiges, descend au printemps et se réduit à un filet en fin d'été. Chaussures de marche recommandées : le lit de rivière est caillouteux. Le printemps et l'automne restent les saisons les plus agréables pour la visite.
Erg Chebbi et dunes de Merzouga
À l'est de Merzouga, l'Erg Chebbi déploie une mer de sable d'une vingtaine de kilomètres de long. Les dunes y montent jusqu'à 150 mètres, et le sable riche en oxyde de fer passe du doré au cuivre au coucher du soleil.
En été, la chaleur rend la marche périlleuse : les excursions se font à l'aube ou au crépuscule. Prenez un accompagnateur local, repartez avec vos déchets.
Erfoud, à une soixantaine de kilomètres au nord, est l'autre porte d'entrée de l'erg, et son moussem des dattes y célèbre la récolte.
Parc national de Souss-Massa, littoral atlantique
Créé le 8 août 1991, le parc court sur 33 800 hectares de côte atlantique, entre Agadir et Tiznit. Ses deux estuaires, le Souss et le Massa, tiennent l'eau toute l'année.
Le parc et le site d'Aglou voisin concentrent trois des quatre colonies marocaines d'ibis chauve. Avec Tamri, ces sites couvrent 95 % des couples qui se reproduisent encore à l'état sauvage dans le monde.
L'accès des zones de nidification change selon les saisons : renseignez-vous auprès du siège du parc.
Merja Zerga, région Rabat-Salé-Kénitra
Cette lagune de 7 300 hectares, longue de 9 kilomètres et large de 5, se trouve dans la région Rabat-Salé-Kénitra. Elle figure sur la liste Ramsar depuis le 20 juin 1980.
Une centaine d'espèces d'oiseaux y sont recensées. Le hibou du Cap y niche en 20 à 30 couples, et le vanneau huppé n'a plus qu'une seule localité de reproduction au Maroc.
Faites-vous guider par un ornithologue local : la pêche et la chasse y sont réglementées, et certaines zones restent fermées.
Parc national de Talassemtane, Rif occidental
Créé le 8 octobre 2004, le parc couvre près de 59 000 hectares du Rif, entre Chefchaouen et Tétouan. Il protège les dernières sapinières du Maroc, où le sapin, espèce endémique, pousse entre 1 400 et 2 000 mètres.
Le parc recense plus de 1 380 espèces végétales et 37 mammifères, dont le magot. Gypaètes et aigles royaux occupent les falaises calcaires.
Les sentiers d'Akchour et de Bab Taza se parcourent au printemps et à l'automne. En été, la montée se fait lourd sous les sapins : partez tôt.
Préparer une sortie nature au Maroc
Les aires protégées du Maroc appliquent des règles communes, avec des adaptations propres à chaque parc. Six réflexes couvrent l'essentiel.
- Suivez les sentiers balisés et restez à distance des zones de nidification. Les parcours officiels limitent la pression sur la faune.
- Prenez un guide local pour les gorges, les ergs et les crêtes. Il connaît les passages, les jours où l'eau monte et les familles qui entretiennent les sentiers.
- Choisissez le printemps ou l'automne pour l'Atlas et le Sahara. L'été rend les marches pénibles, surtout au-dessus de 2 000 mètres et dans les dunes.
- Emportez plus d'eau que prévu. Hors des villages, les points de remplissage se comptent, et les fontaines signalées sur les cartes ne coulent pas toute l'année.
- Emportez vos déchets jusqu'au village. Dans les parcs nationaux, aucune poubelle n'attend au bout du sentier.
- Ne prélevez ni roche, ni plante, ni spécimen, et ne nourissez pas les animaux. Les macaques tournent autour des pique-niques.
Questions fréquentes
Quels sont les parcs nationaux du Maroc ?
Le Maroc compte dix parcs nationaux : Toubkal, Tazekka, Souss-Massa, Iriqui, Al Hoceima, Talassemtane, Ifrane, Haut Atlas Oriental, Khnifiss et Khénifra. Ils couvrent des milieux très différents, de la haute montagne aux ergs sahariens. Les conditions d'entrée changent d'un parc à l'autre, à vérifier avant le départ.
Quelle est la meilleure période pour visiter le Sahara au Maroc ?
Le printemps et l'automne offrent les températures les plus supportables dans les ergs et les gorges du Sud. L'été y est lourd, jusqu'à décourager une marche en milieu de journée. En hiver, les nuits refroidissent fortement dans les dunes : prévoyez une doudoune et vérifiez la météo avant de partir.
Peut-on visiter les cascades d'Ouzoud toute l'année ?
Oui, le site reste accessible toute l'année, mais le débit varie. La fonte des neiges et les pluies de printemps donnent aux chutes leur maximum d'eau ; l'été, le volume baisse. Le tour du site à pied demande une heure et demie environ, sur des sentiers sans difficulté technique.
Quel est le plus haut sommet du Maroc ?
Le Jbel Toubkal, à 4 167 mètres, est le plus haut sommet du Maroc et d'Afrique du Nord. Il se gravit depuis Imlil, en général sur deux jours, avec un guide et une nuit en refuge. La randonnée suppose une bonne condition physique ; en hiver, la neige impose crampons et bâtons.
Où observer les oiseaux migrateurs au Maroc ?
La Merja Zerga et la Sidi Boughaba, dans la région Rabat-Salé-Kénitra, sont les zones humides les plus simples à visiter. Elles figurent sur la liste Ramsar depuis le 20 juin 1980, aux côtés de la baie de Khnifiss. En hiver, flamants, canards et limicoles y concentrent des effectifs importants ; jumelles et patience suffisent.
Conclusion
Vous connaissez maintenant les étages, les dates et les sept sites qui résument le patrimoine naturel du Maroc. Il reste à choisir une région, une saison et un sentier. Les règles des aires protégées tiennent en peu de mots : restez sur les chemins balisés, ne prélevez rien, gardez vos distances avec la faune.
Pour enchaîner l'Atlas, le littoral et le Sud, commencez par Découvrir la richesse culturelle et naturelle du Maroc. La page réunit les régions et les sites du pays, province par province.
Pour aller plus loin
Le profil pays Maroc de la Convention de Ramsar liste les sites humides du pays, leur superficie et leur date d'inscription. L'accord y est entré en vigueur en octobre 1980.
La page du Maroc auprès du patrimoine mondial de l'UNESCO donne les sites classés et la liste indicative. On y trouve notamment le parc de Talassemtane et la lagune de Khnifiss.