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Derrière les remparts : ce que sont les médinas du Maroc

Derrière les remparts : ce que sont les médinas du Maroc

Une porte basse, un tunnel voûté, puis le bruit : une médina commence toujours ainsi. C'est la partie ancienne d'une ville marocaine, close par un rempart et découpée en ruelles, en souks et en quartiers d'habitation. Les médinas du Maroc s'étendent de Tétouan à Tiznit.

Quatre sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, avec Meknès, le ksar d'Aït-Ben-Haddou et la ville portugaise d'El Jadida. Ce tour d'horizon explique comment ce tissu urbain ancien est bâti, et où le lire le plus nettement pendant votre séjour.

Histoire des médinas du Maroc

Marrakech ouvre le dossier. Fondée vers 1070 par les Almoravides, elle reçoit dès 1126-1127 des remparts en pisé dressés sous Ali ben Youssef.

Le pisé, terre argileuse tassée dans des cadres de bois, tient encore debout sur de longs tronçons teintés en ocre.

Fès vient après : la ville naît au IXe siècle et connaît son apogée aux XIIIe et XIVe siècles sous les Mérinides. Ceux-ci fondent Fès el-Jdid en 1276 pour loger le palais, la casbah et les régiments, en dehors du tissu d'origine. L'UNESCO y décrit un bien de 280 hectares, du IXe au début du XXe siècle.

Le XVIIIe siècle change de méthode. Dès 1760, Mohammed ben Abdallah fait tracer Mogador, l'actuelle Essaouira, sur un plan quadrillé confié à l'ingénieur français Théodore Cornut. Ce plan de 1767, conservé à la Bibliothèque nationale de France, fait d'Essaouira la première ville marocaine bâtie d'avance.

Le Protectorat, en 1912, change d'échelle : l'administration crée des villes nouvelles à côté des médinas, jamais à leur place. Rabat suit dès 1914, Casablanca à partir de 1917, sur les plans d'Henri Prost.

Le cœur ancien reste habité, la ville coloniale prend les banques, les gares et les ministères.

En 1912, à Tiznit, le chef de résistance Ahmed el-Hiba se fait proclamer sultan dans la grande mosquée, après le traité de Fès. Battu la même année au nord de Marrakech, il laisse la médina servir de tribune autant que de rempart.

Les neuf biens marocains inscrits au patrimoine mondial figurent dans page du Maroc au Centre du patrimoine mondial.

Ce qui caractérise les médinas du Maroc

Le rempart, ses portes et ses bastions

Le rempart n'est pas un décor. C'est une muraille en pisé ou en briques, percée de portes appelées bab, que l'on fermait la nuit. Les tours d'angle couvraient les angles morts du mur d'enceinte.

À Essaouira, la muraille est en pierre de taille et porte des canons espagnols sur ses sqalas, deux plateformes basses tournées vers l'Atlantique. À Meknès, le sultan Moulay Ismaïl dresse des murailles hautes percées de portes monumentales, dont Bab Mansour.

Cette dimension défensive se lit en détail dans Monuments militaires et défensifs.

Un plan sans axe, organisé autour de la grande mosquée

Dans une médina, aucune avenue ne traverse. Le tracé suit la pente, les points d'eau et les limites de propriétés, si bien que deux ruelles voisines n'ont jamais la même largeur.

Le repère, c'est la grande mosquée : sa sahân, cour de prière carrée bordée de galeries, et son minaret orientent les rues. Les venelles principales convergent vers elle, et l'on s'y repère au rappel de la prière autant qu'à l'ombre.

Le décor reste sobre : badigeon de chaux, poutres de cèdre apparentes, bandeaux de zellige, carreaux d'émail découpés à la main. Les édifices du culte sont décrits dans Les mosquées.

Souks, derbs et fondouks : la ville rangée par métier

Le derb est la ruelle close qui dessert une poignée de maisons. On y entre pour aller chez soi, pas pour traverser : la ruelle ne dessert qu'une seule entrée de rue.

Le souk, lui, est ouvert et rangé par métier : cuirs, laines, métaux, bois, épices. Chaque corporation occupe sa ruelle, et l'on s'y oriente à l'odeur autant qu'au bruit des marteaux.

Le fondouk, caravansérail à étages, recevait les marchands étrangers : on dormait au premier étage, on rangeait la marchandise au rez-de-chaussée. Beaucoup sont devenus des ateliers ou des galeries.

La casbah, le mellah et les maisons à patio

La casbah est la forteresse d'où l'on gouverne : à Marrakech comme à Rabat, elle abrite le palais et la garnison. Sa muraille protège un quartier qui ne s'ouvre pas au public.

Le mellah, quartier juif, se reconnaît à ses balcons de bois en encorbellement, tournés vers la rue. Il existe à Fès, à Marrakech, à Essaouira et dans plusieurs villes du Sud.

Derrière les façades aveugles, la maison se déploie autour d'un patio : riad lorsque le jardin s'y trouve, dar lorsqu'il n'y a qu'une cour. Les murs sont couverts de tadelakt, enduit de chaux poli à la pierre.

Ksour et architecture de terre

Hors ville, la même logique change d'échelle. Le ksar, au pluriel ksour, est un village fortifié regroupé derrière une enceinte unique.

Il est bâti en pisé ou en briques de terre crue, tours d'angle comprises. À Tamnougalt, dans la vallée du Drâa, le ksar du XVIe siècle sert de résidence aux caïds du Mezguita.

Son hammam du XVIe siècle et ses plafonds peints du XVIIIe siècle sont encore en place. La terre crue demande un entretien continu : sans ravalement, un mur de pisé ne tient pas. Les techniques du bâti ancien se lisent dans L'architecture vernaculaire.

La ville nouvelle, l'autre moitié de la ville

À partir de 1912, l'administration sépare les deux villes. Elle trace à côté de la médina des quartiers à rues droites : places, jardins publics, postes, gares.

Toute construction hors de l'enceinte est d'abord restreinte. Le quartier des Habous, à Casablanca, naît sur des plans d'Albert Laprade dès 1917.

C'est une médina neuve, bâtie avec des artisans marocains mais selon les règles de l'hygiène moderne. Deux vocabulaires se côtoient alors sans se mélanger, et c'est en passant de l'un à l'autre que l'on mesure la hauteur des remparts.

Où voir les médinas du Maroc

Fès, la médina la plus serrée

La médina de Fès el-Bali concentre ruelles couvertes, fontaines, fondouks et ateliers sur 280 hectares inscrits depuis 1981. On y entre par Bab Bou Jeloud, du côté de la ville neuve, et l'on descend vers le quartier des tanneurs.

Arrivez avant neuf heures : les charrettes n'ont pas encore pris les ruelles. Le plan complet et les repères se lisent dans La médina de Fès.

Marrakech, les remparts de terre ocre

Marrakech est la cité de terre ocre. Ses remparts, dressés sous Ali ben Youssef au début du XIIe siècle, couvrent encore de longues sections de la médina, percées de portes monumentales.

De l'intérieur, le trajet est plus lisible qu'à Fès : Bab Doukalla, la Koutoubia, la place Jemaa el-Fna. Les axes y sont plus larges et l'on en ressort avant de s'être égaré.

Les repères du quartier sont détaillés dans La médina de Marrakech.

Meknès, la capitale de terre de Moulay Ismaïl

Fondée au XIe siècle comme camp militaire almoravide, Meknès devient capitale sous Moulay Ismaïl, de 1672 à 1727. Le sultan alaouite y élève des murailles hautes, des portes monumentales, des granaires et des réservoirs d'eau.

L'UNESCO inscrit la ville historique en 1996 en y associant deux ensembles : la médina et la ville impériale, séparés par un oued. Meknès illustre l'architecture de terre du Maghreb sub-saharien.

Tétouan, la médina andalouse

Tétouan se relève à la fin du XVe siècle. Des réfugiés d'Andalousie, conduits par Ali al-Mandri, arrivent après la chute de Grenade en 1492 et rebâtissent la ville ruinée. Ils montent d'abord les remparts, puis remplissent l'enceinte de maisons.

Inscrite en 1997, la médina garde un tracé plus intime que Fès : ruelles étroites, cours intérieures, pas d'axe royal. Elle se visite à pied depuis le bas de la ville.

Essaouira, la ville tracée au cordeau

Essaouira est l'unique médina marocaine construite sur un plan arrêté d'avance. Le quadrillage de Cornut impose deux axes, des rues de largeur uniforme et un rempart bastionné tourné vers l'océan.

Les sqalas du port et de la kasbah, armées de canons, servent aujourd'hui de promenade. La médina est inscrite depuis 2001 ; les fortifications sont protégées au titre des monuments historiques depuis 1924.

Le détail du séjour se prépare sur la fiche Essaouira.

Aït-Ben-Haddou et la vallée du Drâa

Le ksar d'Aït-Ben-Haddou, dans la province de Ouarzazate, est inscrit depuis 1987. C'est un ensemble de bâtiments de terre groupé derrière des murailles renforcées de tours d'angle, un exemple frappant de l'architecture du Sud marocain selon l'UNESCO.

À six kilomètres au sud d'Agdz, Tamnougalt montre le même vocabulaire en état d'usage. Ruelles couvertes, quartier juif, kasbah des caïds : la région se parcourt dans Drâa – Tafilalet.

Tiznit, la médina du Sud

En venant du nord, Tiznit est la dernière grande médina, et l'une des plus récentes. Le sultan Moulay Hassan Ier la fonde à la fin du XIXe siècle, en 1881 ou 1882 selon les sources.

Ses remparts, ses portes et ses bastions sont classés monuments historiques en 1932. La ville reste réputée pour son orfèvrerie : des familles d'orfèvres y travaillent l'argent depuis la fondation.

Conseils pour visiter et comprendre les médinas du Maroc

  • Commencez par le matin. La lumière est basse, les ruelles encore à moitié vides, et l'ombre est fraîche.
  • Portez des chaussures fermées : pavés irréguliers, sols humides près des tanneurs, ruelles ombragées où l'on glisse.
  • Notez l'adresse de votre hébergement sur une carte papier et un repère fixe, porte ou place. Votre téléphone ne tiendra pas toute la journée.
  • Respectez les lieux de culte : pendant la prière, la mosquée se referme et l'on attend sur le seuil. Épaules et genoux couverts.
  • Demandez avant de photographier les artisans au travail et les gens dans les ruelles, surtout en milieu d'après-midi.
  • Levez les yeux : corniches de tadelakt, jalousies de cèdre, auvents de fer forgé changent de vocabulaire d'une ruelle à l'autre.
  • Prenez d'abord un guide officiel pour la première journée, puis revenez seul avec vos repères.

Questions fréquentes

Quelle est la plus ancienne médina du Maroc ?

Fès tient ce rôle : sa fondation remonte au IXe siècle, selon l'UNESCO, qui décrit une ville née aux premiers siècles de l'islamisation du pays. Marrakech vient ensuite, vers 1070, puis Meknès au XIe siècle. Tétouan, elle, ne se reconstruit qu'à la fin du XVe siècle, avec les réfugiés d'Andalousie.

Combien de médinas marocaines sont inscrites au patrimoine mondial ?

Quatre médinas figurent sur la liste de l'UNESCO : Fès en 1981, Marrakech en 1985, Tétouan en 1997 et Essaouira en 2001. Le classement complète la ville historique de Meknès (1996), le ksar d'Aït-Ben-Haddou (1987), la ville portugaise d'El Jadida (2004) et Rabat (2012).

Quelle différence entre une médina, une casbah et un ksar ?

La médina est le quartier ancien fortifié d'une ville. La casbah est la forteresse interne, palais et garnison, qui commande cette ville. Le ksar est un village entier rassemblé derrière une seule enceinte, en rase campagne, avec sa propre casbah en plus petit.

Comment ne pas se perdre dans une médina ?

Notez l'adresse de votre riad sur une carte et repérez deux points fixes : la grande mosquée et la porte principale. Les ruelles descendent presque toujours vers le centre. En cas de doute, montrez l'adresse à un commerçant, qui vous renverra vers la rue la plus courte.

Faut-il un guide pour visiter les médinas ?

Pour une première visite, un guide officiel explique les ruelles, les métiers et les horaires de prière, et évite les détours commerciaux. Au retour, une carte suffit. Vérifiez le statut du guide avant le départ et convenez d'un tarif clair, sans surprise en fin de parcours.

Conclusion

Une médina ne se lit pas d'un seul regard. On la lit par morceaux : le rempart, la porte, une ruelle de métiers, une cour intérieure. Le tissu urbain ancien du Maroc reste habité, ce qui le rend bruyant, utile et parfois déroutant.

Prenez un premier passage sans objectif, revenez ensuite avec un plan. Pour la suite : Planifier mon voyage au Maroc pour les étapes, ou Découvrir les monuments du Maroc pour poursuivre la lecture.

Pour aller plus loin

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Rédaction

Auteur chez Le Guide Marocain