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De par sa situation géographique exceptionnelle, Doukkala dispose de plus de 150 km de côte, une des plus longues côtes du Maroc. Ainsi, cette région, qui a une vocation agricole avérée, aurait pu tirer un substantiel revenu de ses énormes réserves en sable.
Et, avec l'ouverture des carrières de sable, la province d'El Jadida avait de sérieuses ambitions pour devenir une agglomération prospère. Mais, cette manne qui n'aura pas beaucoup profité à la région serait appelée dans les prochaines années à disparaître. Car Doukkala fait face aujourd'hui à une "apocalypse" due à l'exploitation anarchique, souvent informelle et illégale des sables de l'oued Oum Rabiâ et des plages de Lamharza, Chtouka, Haouzia, Moulay Abdellah, Sidi Abed, Oualidia…En plus, des plages vierges sont malheureusement dénaturées par des démolisseurs de la nature qui se procurent de l'argent facile sans investissements conséquents et sans aucune crainte. Ainsi le pillage des sables se fait-il souvent en toute impunité puisque certains agents d'autorité ferment les yeux devant ces va-et-vient incessants de camions souvent non immatriculés. Pis encore, une mafia protégée agit au vu et au su de tout le monde et le pillage sauvage est opéré la nuit comme le jour. De nos jours, les criminels opèrent en toute quiétude, leurs protecteurs-parapluies ont réussi à huiler (corrompre) les plus réticents.
De même, les membres de la commission de contrôle sont souvent menacés par ces gros bonnets pilleurs de sable. Par conséquent, les recettes qui se chiffrent annuellement en milliards, ne profitent pas à la population limitrophe des carrières. Ainsi, le comportement irresponsable et dépravé de ces « barons » n'aura entraîné pour les habitants que poussières et disgrâce. En effet, les douars et les communes où se trouvent les carrières de sable sont quotidiennement soumis au passage des camions pilleurs, sans que cette activité apporte le moindre réconfort aux habitants, si ce n'est le bruit incessant des moteurs et les énormes nuages de poussières que leur cortège soulève à longueur d'année.
C'est vrai que l'exploitation des carrières de sable suscite de sérieuses controverses suivant l'angle sous lequel elle est approchée. Il demeure toutefois une évidence: la rationalisation du système d'exploitation et d'approvisionneme nt est aujourd'hui une impérieuse nécessité compte tenu de l'importance des carrières dans le marché de la construction et des méfaits créés par leurs exploitations sur l'environnement. C'est pourquoi le législateur a mis en place à partir du 22 mars 2001 un arsenal de mesures pour réglementer cette activité. Malheureusement dans les Doukkala cette décision n'empêche pas les pilleurs de sable de sévir, jour et nuit, en s'assurant des complicités occultes d'une certaine classe très spéciale. L'extraction sauvage et non contrôlée du sable peut avoir des impacts négatifs sur l'environnement. Le premier de ces impacts est sans nul doute l'érosion côtière: Le prélèvement illicite de sable au voisinage de la côte peut en effet déséquilibrer localement le bilan sédimentaire, et entraîner l'intensification de l'érosion côtière (éboulement de falaises, réduction ou disparition de plages...) Cette activité peut à la longue modifier la morphologie du littoral et le paysage côtier. En outre, elle n'avantage pas non plus le développement du tourisme, un domaine sur lequel les pouvoirs publics augurent pourtant de réels espoirs dans le cadre de la diversification de l'économie nationale. Ainsi, le pillage du sable affecte doublement notre écosystème marin.
Il dégrade par exemple nos bancs d'algues. Les bancs d'algues stabilisent non seulement les sédiments mais servent également d'habitat à divers types de poissons indispensables pour l'homme. D'autre part, un adolescent, âgé d'environ 17 ans, a été dernièrement retrouvé enseveli sous un bloc de sable, sur la route côtière reliant El Jadida et Sidi Bouzid. L'adolescent était en train de " voler" du sable la nuit du drame. Ce n'est que le lendemain vers midi que les responsables ont été avertis. Ainsi, les secouristes mettaient tout en œuvre pour dégager le corps au plus vite, après avoir sécurisé le site. Sur les lieux, les responsables tentaient de s'expliquer comment cet adolescent avait pu trouver la mort dans d'aussi atroces circonstances. La victime a été identifiée par sa mère. Celle-ci n'a pas pu contenir ses larmes, alourdissant davantage l'atmosphère de tristesse qui régnait déjà dans l'assistance. Et entre-temps, c'est la colère qui a pris le dessus à la vue de la victime.
-------------------------------------------------------------------------- Exigences de la protection de l'environnement
Une seule issue s'offre aux autorités provinciales si elles veulent vraiment sauver le littoral, l'application du principe de précaution. Car les textes sont là qui permettraient de protéger un tel patrimoine de l'humanité et de le défendre contre ce pillage : la convention des Nations unies sur le droit de la mer, ainsi que la convention OSPAR qui énonce l'obligation pour tous les Etats de protéger et de préserver le milieu marin et d'appliquer le principe de précaution. C'est pourquoi les autorités provinciales et les communes concernées doivent s'engager à prendre des mesures de prévention dès lors qu'il y a des motifs raisonnables de s'inquiéter, c'est-à-dire lorsqu'une activité est susceptible de nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes marins et cela même s'il n'y a pas de rapport de causalité entre l'action et ses effets. Tirer la sonnette d'alarme C'est l'occasion de tirer la sonnette d'alarme, d'autant plus que le phénomène devient de plus en plus inquiétant. Le SOS devrait pouvoir se matérialiser par des actions beaucoup plus concrètes, par exemple les opérations musclées de lutte contre l'extraction illicite de sable. D'autres actions similaires devraient être prises à l'encontre des propriétaires des dépôts de sable qui devrait justifier l'origine de leur marchandise par des bons d'entrée provenant des carrières agréées et autorisées. |